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TENDANCES INFIRMIÈRES

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PROFIL INFIRMIER

Entrevue avec Patrice Dulmaine, infirmier à l'urgence du CSSS de Chicoutimi

Marie-Eve Poitras
Marie-Ève Poitras, inf.

Par Marie-Ève Poitras, inf.

La région Saguenay–Lac-Saint-Jean/Nord-du-Québec bénéficie d'une expertise professionnelle infirmière encore méconnue. Pour obtenir la reconnaissance de la région, il faut d'abord que les infirmières et les infirmiers se reconnaissent entre eux. Le Comité d'actualisation professionnelle de l'Ordre régional du Saguenay–Lac-Saint-Jean/Nord-du-Québec  (ORIISLSJ/NQ) s'est donc donné comme mandat de faire connaître différents rôles infirmiers et de promouvoir le leadership ainsi que la qualité de l'exercice infirmier régional. Le Comité d'actualisation souhaite, grâce à la présentation de ces différents profils, dresser un portrait de l'expertise et de l'autonomie professionnelle des infirmières et infirmiers de l'ORIISLSJ/NQ.

Nous vous présentons comme premier profil celui d'un infirmier à l'urgence du Centre de santé et de services sociaux de Chicoutimi, Patrice Dulmaine.

M.-È.P. Patrice, pourrais-tu décrire à nos lecteurs le milieu dans lequel tu travailles?

P.D. L'urgence du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Chicoutimi est un milieu dynamique, où ça bouge beaucoup. Il est en constante évolution et nous devons fréquemment nous adapter aux nouvelles procédures et médicaments.

L'urgence dispose de trois postes infirmiers ouverts en tout temps, totalisant 35 civières pouvant être dédoublées (ajout de civières supplémentaires). Il y a également un poste de débordement qui peut contenir six civières. Dans des périodes de grand achalandage, par exemple en temps de grippe, il peut y avoir jusqu'à 60 civières.

Nous avons deux salles de stabilisation pour les cas critiques ainsi qu'une unité de traumatologie pour prendre en charge les cas plus légers. Pour ce qui est du personnel infirmier, une centaine d'infirmières y travaillent sur les différents quarts de travail. Nos équipes sont également composées de médecins spécialisés en soins d'urgence et de  nombreux préposés aux bénéficiaires.

M.-È.P. Quelles clientèles sont prises en charge à l'urgence du CSSS de Chicoutimi?

P.D. La clientèle de l'urgence est très variée. De la pédiatrie jusqu'à la gériatrie en passant par la psychiatrie, des cas mineurs y sont pris en charge, mais également de grands polytraumatisés. Nous pouvons même faire des accouchements d'urgence! Il faut se sentir à l'aise avec toutes sortes de clientèles et problématiques de santé mais également avec les familles, car nous pouvons avoir à intervenir avec celles-ci lors de situations de deuils inattendues.

M.-È.P. Quelle formation un infirmier doit-il suivre pour pouvoir travailler dans cette unité?

P.D. Un infirmier peut travailler dès la fin de sa formation infirmière, puis suivre une formation spécifique à l'urgence. En effet, pour être autorisé à travailler à l'urgence, il doit suivre une formation théorique de deux semaines, puis quatre jours de cours théoriques sur les arythmies cardiaques et analyses de bandes de rythmes. La formation se termine par un jumelage de deux semaines avec des infirmières expertes sur les différents quarts et postes de travail. 

Pour être présent en salle de stabilisation ainsi qu'au triage, l'infirmier doit avoir un an d'expérience ainsi qu'une formation supplémentaire de quelques jours, suivi d'un jumelage. Les assistantes et assistants infirmières-chefs et la gestionnaire infirmière de l'urgence s'assurent que les infirmières sont prêtes à y être formées, selon leur motivation, l'excellence de leur travail, leur comportement positif et leur confiance en elles.

La formation universitaire n'est pas obligatoire pour travailler à l'urgence, mais elle est fortement recommandée, car elle permet de développer son expertise et de se sentir plus en confiance.

M.-È.P. Quelles sont les principales tâches d'un infirmier à l'urgence?

P.D. Les tâches de l'infirmier à l'urgence sont diverses. Celui-ci doit faire l'évaluation initiale et constante de son patient, selon la cote de priorité accordée au triage et de son diagnostic. Il doit aussi prodiguer des soins selon la clientèle (nouveau-né, psychiatrie, soins intensifs, traumatologie, etc.). Mais également faire de la promotion et de la prévention, du soutien au patient et à sa famille et occasionnellement des suivis à court terme.

L'infirmier à l'urgence peut également assurer le rôle de mentorat pour les étudiants et les nouvelles infirmières. Il participe également à la révision des procédures de soins en collaboration avec les infirmières cliniciennes, les conseillères en soins et les médecins de l'urgence. Finalement, il doit s'assurer de l'amélioration constante de sa pratique en maintenant ses connaissances à jour.

M.-È.P. Quels sont les principaux défis quotidiens auxquels l'infirmier est confronté?

P.D. L'infirmier à l'urgence doit assurément être à jour dans sa pratique, il ne doit pas se laisser aller ni avoir trop confiance en lui. Il doit être curieux afin d'être en mesure de maitriser les nouvelles pratiques. De plus, il doit obligatoirement savoir établir des priorités de soins et s'adapter rapidement.

M.-È.P. Selon toi, quelles qualités essentielles un infirmier à l'urgence doit-il posséder?

P.D. Il faut un excellent jugement clinique et beaucoup de sang-froid. Il faut savoir établir des priorités de soins et être en mesure de prodiguer des soins à une clientèle diversifiée. Pour ce faire, l'infirmier doit être capable de faire abstraction de ses préjugés envers certaines clientèles. Finalement, la capacité d'adaptation est essentielle ainsi que la curiosité intellectuelle.

M.-È.P. Si tu devais choisir la plus importante, quelle serait-elle?

P.D. J'hésite entre l'attribution des priorités de soins et le sang-froid. Selon moi, si tu n'as pas de sang-froid, tu n'es pas en mesure d'établir des priorités de soins de façon adéquate et si tu ne peux choisir tes priorités, il est difficile de conserver son sang-froid…

M.-È.P. Quelle est l'importance de la formation continue pour un infirmier d'urgence?

P.D. Elle est primordiale, car un infirmier d'urgence doit constamment tenir ses connaissances à jour. S'il ne le fait pas, il ne sera pas capable de soigner ses patients de façon adéquate et optimale. La formation continue permet de s'impliquer dans sa profession. Elle témoigne de notre passion, de notre désir d'amélioration et d'excellence afin de mieux soigner nos patients. 

M.-È.P. Y a-t-il plusieurs opportunités de formation continue en lien avec le travail d'urgence?

P.D. Bien sûr, dans la dernière année, des post-tests ont été développés afin de valider la compréhension des infirmières d'urgence à la suite de la lecture des ordonnances collectives du CSSS de Chicoutimi. Nous avons également créé des vidéos, qui sont disponibles dans l'intranet du CSSS de Chicoutimi, sur les différentes techniques de soins infirmiers utilisées dans la salle de stabilisation (level one, hot line, etc.). Il y a également possibilité, pour chaque infirmière, d'être jumelée avec un expert dans la salle de stabilisation afin de pratiquer les techniques de soins qui sont méconnues ou moins bien maitrisées. Finalement, les programmes et formations offerts par les cégeps et universités peuvent également être intéressants et ils sont faciles d'accès.

M.-È.P. Comment exerces-tu ton leadership infirmier à l'urgence?

P.D. Je l'exerce en étant assistant infirmier-chef. En assurant mon rôle au quotidien, je fais en sorte que mon équipe est en mesure de soigner au mieux de ses connaissances. Pour ce faire, nous réalisons des mises en situation et des formations qui leur permettent de se maintenir à jour. Ces formations et mises en situation sont très importantes, surtout pour les novices. Finalement je me dois d'être toujours positif pour mon équipe, et ce, dans n'importe quelle situation. Je dois montrer l'exemple, garder mon sang-froid et exiger le meilleur de mon équipe en tout temps.

M.-È.P. Finalement pourquoi est-ce important d'exercer un tel leadership?

P.D.    Il est important d'exercer un leadership infirmier positif, car le leader de l'équipe permet aux membres de bien travailler, de se sentir apprécié et valorisé. Il doit faire en sorte que l'équipe est en mesure d'effectuer son travail. Exercer un leadership infirmier permet également de positionner l'infirmière dans l'équipe interdisciplinaire, en devenant par exemple un intervenant pivot, une référence pour l'équipe, un soutien.

« L'urgence, c'est comme une grosse famille, avec des personnes ayant des caractères diversifiés et souvent forts. Il faut garder en tête que nous travaillons tous pour le patient et il faut mettre à profit les forces de chacun dans toutes les situations. »

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